| Le 9 mars 1999.
Commentaires du CRef sur le rapport des recteurs honoraires A. Bodson
et J. Berleur " Quelles urgences pour une politique universitaire en Communauté
française de Belgique " commandité par le Ministre W. Ancion.
Préambule
William Ancion, Ministre de lEnseignement supérieur et de la
Recherche scientifique de la Communauté française de Belgique (CF), a confié une étude
prospective dénommée " Mission Université " aux Recteurs honoraires
A. Bodson et J. Berleur.
Ce rapport intitulé " Quelles urgences pour une politique universitaire en
Communauté française de Belgique ? " a été rendu public le 9 novembre
1998 en même temps quil était transmis au Conseil des Recteurs des Universités
francophones de Belgique (CRef).
Rédigé en dehors dune véritable concertation avec le CRef, le rapport au Ministre
des recteurs honoraires A. Bodson et J. Berleur appelle les commentaires
suivants.
Commentaire général
A. Bodson et J. Berleur peignent un tableau particulièrement
négatif des institutions universitaires de la Communauté française de Belgique. Surtout
préoccupées " de la nécessaire bataille budgétaire et des contraintes de la
concurrence ", ces institutions universitaires auraient renoncé à actualiser
" leur réflexion sur leurs missions " et se retrouveraient en
situation d " urgences pour une politique universitaire ".
Le rapport eût pourtant été mieux avisé sil avait commencé par rappeler,
objectivement, le travail réellement accompli par les institutions universitaires de la
CF au cours de ces dernières années. Le CRef eût aimé y trouver, parmi dautres,
les trois points suivants :
- Les diplômes délivrés par les 9 institutions universitaires de la CF sont reconnus
internationalement et leur qualité est homogène. Depuis la première loi de financement
des universités (1971), le nombre des diplômés universitaires de 2ème cycle
a crû en proportion exacte du nombre des premiers inscrits en première candidature. En
incluant les 3èmes cycles, si 100 était le nombre de diplômés en 1971, il
était de 200 en 1996. En revanche, si les ressources financières des universités
(allocation de fonctionnement, crédits dinvestissements, minervals, droits
complémentaires) étaient de 100 en 1971, elles étaient toujours, à francs constants,
de 100 en 1996.
Puisquà moyens constants les universités de la CF ont été capables
daccueillir et de diplômer un plus grand nombre détudiants, il paraît
curieux de ne pas avoir reconnu quelles ont accru, au cours du temps,
lefficacité de leurs enseignements.
- Une étude bibliométrique récente, réalisée par le FNRS, portant sur les années
1992-1996 établit que, en Belgique francophone, 93,5 % des publications scientifiques
sont issues des universités et que le nombre moyen annuel de ces publications (en
sciences exactes et biomédicales) est de 0,80/millier dhabitants, ce qui témoigne
dune production scientifique plus importante que celle de nos voisins français
(0,65), allemands (0,58) et flamands (0,65). Cette qualité scientifique acquise malgré
des crédits à la recherche inférieurs à ceux de nos voisins (voir document du CRef
112/03) explique la renommée de plusieurs de nos équipes qui figurent régulièrement
aux places dhonneur dans des classements internationaux.
- Les universités de la CF remplissent leurs missions de services à la société :
la qualité de leurs équipes scientifiques assure la crédibilité des importants
investissements européens au développement régional (Objectifs 1 et 2) ;
lexpertise de leurs corps enseignant et scientifique est souvent requise par les
pouvoirs publics, les entreprises et les médias ; laction universitaire de
coopération à la formation dans les pays en développement, outre le service rendu, y
assure la visibilité de la CF ; leurs hôpitaux universitaires participent à
lexcellence des soins de santé offerts à la population ....
Les institutions universitaires de la CF ne sont donc pas dans une
situation qui requiert la réanimation durgence. Elles ne sombrent pas dans la
médiocrité, mais demandent, en revanche, un juste financement de leurs activités.
Ainsi quon le verra ci-dessous, nonobstant leurs difficultés déquilibre
budgétaire, les universités ont poursuivi leur réflexion. Nous lillustrerons par
la discussion de points plus précis du rapport A.Bodson-J.Berleur.
Le contexte universitaire
Le rapport fait certes une synthèse de nombreux travaux de réflexion,
anciens et récents, belges et étrangers, sur les missions des Universités, mais il ne
donne pas une vision de ce quest luniversité, contrairement au document
récent (CRef 112/03 - décembre 1997 - " Lavenir des
universités : un enjeu prioritaire pour la Communauté Française ")
rédigé par le CRef à lintention du Ministre W.Ancion et qui ne fait lobjet
daucune mention.
Le CRef souhaite rappeler ici sa position :
- Lenseignement et la recherche universitaires constituent la clé de voûte du
développement sous toutes ses formes : individuel ou collectif, culturel, politique,
économique et social.
- Le concept duniversité est un concept " idéaliste " :
lidéal de luniversité est spécifique et autonome par rapport au pouvoir
politique et aux milieux économiques et sociaux. Par contre, une conception
utilitariste rangerait luniversité au rang des outils utiles à divers objectifs
non spécifiques décidés en dehors delle.
- La spécificité de luniversité, sa raison dêtre, se définit par une
articulation étroite entre lenseignement et la recherche, par sa mission
essentielle de former des personnes capables dautonomie, desprit critique et
dadaptation (plutôt que de délivrer des diplômes à finalité immédiatement et
exclusivement professionnelle), par sa particularité dassurer quasi seule la
mission de recherche en sciences fondamentales et de recherche en sciences humaines, et
enfin, par une connotation identitaire à légard dune échelle de valeurs.
- Les universités font partie des " institutions identificatrices "
plutôt que des " institutions de service ". Certes, elles fournissent
un service à leurs usagers, mais ces derniers y trouvent aussi un milieu de vie
véhiculant des idéaux spécifiques.
Cette dimension identificatrice caractérise chacune des institutions.
Elle comporte non seulement une connotation philosophique (catholique - laïque) ou
institutionnelle (public - privé), mais aussi une composante dancrage régional et
de " culture dentreprise ".
Si cette vision des universités est partagée, il convient alors daborder la
problématique des universités de la CF (notamment le problème de léquilibre
budgétaire des institutions) dans le cadre dun projet de société unissant les
efforts de la Communauté française et des régions wallonne et bruxelloise.
Les cursus détudes
- Lharmonisation européenne
Suite au rapport Attali (mai 1998) et à la déclaration de la Sorbonne
(mai 1998) que les ministres de léducation des grands Etats de lUnion
Européenne ont signée, on parle de plus en plus dune architecture de
lenseignement universitaire sur base de Bac + 3 ans (licence), + 5 ans (Maîtrise),
+ 8 ans (doctorat), le Bac + 3 ouvrant nécessairement des débouchés professionnels.
Les recteurs A. Bodson et J. Berleur se prononcent en faveur dun système
4-5(6)-8 sans en exposer clairement les motifs. Le sujet mérite pourtant un large débat.
La particularité de la CF est effectivement de consacrer la coexistence dun
enseignement supérieur universitaire dune durée totale variant de 4 à 7 ans
suivant les disciplines avec un enseignement supérieur hors univesrité de type court (en
3 ans) et de type long (en 4 ou 5 ans).
Sagissant de lavenir des universités, le CRef a mis en place un groupe de
travail chargé, notamment, de répondre aux questions suivantes :
Dans la perspective dune éventuelle harmonisation européenne, quels seraient les
rôles respectifs de lenseignement supérieur hors université de type court et des
candidatures universitaires (devenues licences en 3ans)? Dans quelle mesure ces nouvelles
licences (3 ans) pourraient-elles encore fournir une formation générale approfondie dans
les disciplines fondamentales, dès lors quelles seraient tenues de souvrir,
demblée, à des préoccupations professionnelles ?
- Les modules capitalisables
Les " modules capitalisables " sont issus dun
projet pédagogique qui vise à permettre aux étudiants de construire un cursus
universitaire par laccumulation au cours du temps de modules (un ensemble cohérent
de matières) réussis.
Ce nest quun aspect des nombreuses et nouvelles approches pédagogiques qui
doivent répondre aux défis de la promotion de la réussite dans des universités
librement accessibles à des étudiants dont la formation préalable est diversifiée.
Le CRef sest déjà prononcé en faveur du concept de " modules
capitalisables " dans le cadre de la promotion de la réussite (valorisation des
acquis) et de celle de la mobilité étudiante, pour autant que des mesures
daccompagnement soient prises pour éviter un allongement de la durée des études
et une parcellisation excessive de la formation.
Il faut pourtant souligner que le décret récent sur la collation des grades académiques(1)
conçoit la structure des études universitaires (et le financement qui en découle)
en années détudes et non en modules de matières. Sils étaient favorables
à cette approche pédagogique, les auteurs du rapport auraient dû, pour le moins,
proposer une modification du décret sur la collation des grades académiques et des
décrets subséquents sur le financement des institutions universitaires.
Les passerelles ont pour but de favoriser le passage de
lenseignement supérieur hors université vers luniversité et vice versa.
Sans attendre le rapport des recteurs A. Bodson et J. Berleur, sitôt les grades
académiques et les diplômes de lenseignement supérieur hors université
consacrés et classés par larrêté fixant les grades académiques (2)
et le décret des hautes écoles (3), après un travail mené en collaboration
avec le Conseil Général des Hautes Ecoles, le CRef a adressé au Ministre W.Ancion des
propositions concrètes pour un arrêté réglant le passage des diplômés de
lEnseignement supérieur hors université vers les 2èmes cycles de
luniversité.
- Les nouvelles technologies
En souligner limportance et en reconnaître le caractère
indispensable pour lavenir comme le fait le rapport est une première étape
significative. Les auteurs auraient cependant pu illustrer leur propos par un certain
nombre de réalisations dans les Universités de la CF.
Encore faudrait-il maintenant en chiffrer les coûts et dégager les moyens.
Ainsi, les réalisations actuellement en cours pour les bibliothèques se heurtent
dores et déjà au problème du financement.
Il serait par ailleurs intéressant de savoir comment concilier les limites territoriales
des universités avec le développement dune université virtuelle.
- La nécessaire coopération interuniversitaire
Le CRef est lorgane par excellence où sest organisée la
collaboration interuniversitaire. Faut-il rappeler que ce sont les travaux du CRef qui ont
notamment permis, sans remous ni passions inutiles, le décret sur la collation des grades
académiques (1), larrêté sur les grades académiques (2)
avec comme conséquence lharmonisation des curriculums des candidatures entre les
universités, la régulation du nombre des étudiants en médecine (4) et en
science dentaire (5), et plus récemment les propositions dorganisation
des passerelles vers les universités pour les diplômés de lenseignement
supérieur hors université ?
Faut-il malheureusement rappeler aussi que bon nombre de divergences actuelles entre les
universités résultent dinitiatives (nouvelles modalités de financement, projet de
restructuration du paysage universitaire) conduites sans une concertation préalable
(et non a posteriori) avec le CRef ?
A. Bodson et J. Berleur se taisent curieusement sur leffet pervers du
décret récent sur le financement des universités (6), qui, par le principe
dune enveloppe fixe, répartie entre les institutions au prorata du nombre pondéré
des étudiants subsidiés de chacune dentre elles, entraîne compétition entre
universités et chasse à létudiant. La révision des modalités du financement des
universités apparaît indispensable pour induire une véritable coopération
interuniversitaire.
- Les études complémentaires et de
troisième cycle
A. Bodson et J. Berleur soulignent, à ce propos, quil
existe une considérable diversification de loffre détudes complémentaires
ou de troisième cycle.
Plutôt que daccuser lanarchie ou la redondance, peut-être auraient-ils pu
souligner leffort des universités pour répondre à une demande de formations de
plus en plus pointues dans un contexte de cursus de 2ème cycle figés, en ce
qui concerne leur financement, par un moratoire datant de 1982. Quoi quil en soit,
les universités ont dû attendre le décret (6) précisant les modalités
futures de financement de ces études de 3ème cycle (et sur ce point, les
arrêtés dapplication ne sont dailleurs pas encore publiés) pour
entreprendre, comme elles le firent il y a peu pour les 1er et 2ème
cycles, une restructuration de ce type denseignement.
Plutôt quune compilation touffue des 3èmes cycles, le CRef eût aimé
trouver une réflexion sur la formation doctorale : quelle doit être la formation
des futurs docteurs pour quils puissent à la fois maîtriser un domaine
suffisamment vaste de connaissances et trouver un emploi à la hauteur de leur
compétence ? Des écoles doctorales ne seraient-elles pas un carrefour idéal pour
la collaboration interuniversitaire ? Que faire pour que le diplôme de docteur soit
enfin reconnu à sa juste valeur ?
Certaines filières de formation attirent un nombre réduit
détudiants (par exemple, moins de 10 étudiants en 1ère candidature).
A. Bodson et J. Berleur suivent lhypothèse que lorganisation de
telles filières devrait être limitée à une seule université. Cest oublier que
la plupart des enseignements qui constituent ces filières servent à dautres
filières plus nombreuses en étudiants. Leur suppression napporterait aucune
économie significative à luniversité concernée et en revanche
lappauvrirait significativement sur le plan de linterdisciplinarité et de la
culture.
Pour le CRef, le problème des petites sections est un faux problème. Là où il existait
réellement, les universités ont déjà mis sur pied des enseignements en commun.
- A propos de lincise sur la formation initiale des futurs étudiants universitaires
Cette question est évidemment liée à la formation des maîtres, mais
il faut souligner que, si lUniversité a consacré ces dernières années
dimportants moyens, sans aide des pouvoirs publics, pour transformer profondément
les études de lagrégation, les pouvoirs publics ont pour leur part adopté de
nouvelles règles qui ne permettent plus aux diplômés universitaires denseigner
dans les années du cycle inférieur des humanités !
La structuration de lensemble universitaire
A. Bodson et J. Berleur semblent faire dune nouvelle
structuration de lensemble universitaire le point essentiel de la future politique
de la CF. Leurs propositions concrètes aboutissent à la création de 5 pôles
universitaires sur la base dune logique exclusivement géographique. Les 5 pôles
sont Bruxelles, Liège, Louvain-La-Neuve, Mons, Namur. Le rapport, sans laffirmer
clairement, sous-entend le regroupement de Liège et de Gembloux, suggère plus clairement
le regroupement des trois universités montoises et laisse complètement dans le flou le
devenir des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.
Un ensemble de postulats de base gouverne cette réflexion qui conduit à suggérer de
regrouper les universités en cinq pôles (une suggestion émise par le Ministre avant que
ne soit élaboré le rapport) :
la grande taille dune institution est une garantie de sa qualité ;
- une institution nest une université à part entière dans un
domaine que lorsquelle dispense les formations des trois cycles ;
- une institution monodisciplinaire, monofacultaire ou monosectorielle
est plus fragile que celle qui ne lest pas ;
- la pratique de la pluridisciplinarité a plus de chance de se
développer dans une institution dune taille importante ;
- la petite taille dune institution nuit à son efficacité ;
- la petite taille dune institution nuit à sa compétitivité,
notamment au niveau européen.
Actuellement, rien ne vient étayer ces affirmations. Ainsi, dans son
analyse basée sur une bibliographie importante, le Recteur de la VUB, E. Witte (1997)(7),
souligne quaucune étude sérieuse na démontré à ce jour que les
performances des institutions étaient fonction de leur taille, quel que soit le point de
vue adopté (économique, pédagogique, culturel, qualité de la recherche ou de
lenseignement). Plus récemment (1998), le Comité déducation de lOCDE(8)
sest attaché à défendre les institutions de toutes tailles.
Le CRef ne discerne donc pas les arguments qui soutiennent une telle proposition peu
objective, voire orientée.
La Communauté Française, contrairement à lidée répandue (et soutenue par A.
Bodson et J. Berleur), ne présente pas un nombre plus important dinstitutions
universitaires par habitant que dautres grands pays européens. Le véritable enjeu
est de mettre en place les mécanismes appropriés (suppression de lenveloppe
budgétaire fermée, incitants financiers, etc.) pour encourager les collaborations
interuniversitaires, dans un souci de promotion de la qualité et de lefficacité.
Si néanmoins, pour des motifs qui seraient étrangers à tout souci de qualité et
defficacité, une volonté politique devait émerger pour encourager des
rapprochements dinstitutions universitaires, cela ne pourrait se faire quavec
le plein consensus des institutions concernées. Toute autre stratégie (comme celle qui a
été tentée lors dun projet récent de décret de financement) déboucherait
immanquablement, après une période turbulente de tension interuniversitaire et
dagitation politique, à un échec garanti.
Rapport entre les universités et le pouvoir politique
A. Bodson et J. Berleur évoquent la relation, parfois faite
dincompréhension, entre lintervention politique et lautonomie des
universités. Compte tenu de la compétition interuniversitaire, ils en appellent au
nécessaire arbitrage du pouvoir politique.
Le CRef souligne combien lautonomie des universités est une garantie de la
démocratie. Il suffit, pour sen convaincre, détablir le relevé mondial des
Etats où les universités ne jouissent pas dautonomie. Si la définition de la
politique de lenseignement revient démocratiquement au Parlement, larbitrage
dun ministre ne serait concevable que dans lhypothèse où le ministre serait
réellement celui de toutes les universités. La dimension identitaire de nos institutions
universitaires (voir supra), si elle en fait la richesse, a aussi le défaut den
faire un enjeu politique. Il semble plus équitable de sen remettre à la
concertation interuniversitaire qui, quand on lui donne le temps et les moyens, a fait ses
preuves (voir supra).
Le pilotage pourrait en être facilité par une administration qui soit à la fois non
partisane, composée duniversitaires, bien outillée et dont les objectifs soient
clairement définis.
Linformation
A. Bodson et J. Berleur soulignent la nécessité dun
observatoire de lenseignement. Rappelons dabord que des sommes considérables
ont été dépensées dans les années 1975 en Belgique pour développer de tels outils
(projet P 15 et P 15bis) par les SPPS. De longue date, les institutions universitaires,
via le CRef, ont organisé, à leurs frais, concernant lenseignement universitaire,
une banque de données qui fait actuellement référence.
Plutôt que dupliquer cette initiative, ladministration de la CF pourrait accéder,
moyennant un support financier légitime, à cette banque de données.
Par ailleurs, des équipes interuniversitaires conduisent actuellement une étude portant
sur le relevé des curriculums individuels des jeunes de la CF depuis lenseignement
primaire jusqu'à lenseignement supérieur universitaire et hors université (9).
Ce travail devrait se poursuivre avec lappui des pouvoirs publics. Il constitue,
avec les travaux menés par dautres équipes universitaires, une base
dinformations précieuses pour un futur observatoire de lenseignement, outil
indispensable à létablissement dun diagnostic (choix des filières,
promotion de la réussite, ...) pour tous les problèmes qui concernent
lenseignement et la formation.
Evaluation
Nourries par la tradition scientifique de lévaluation par les
pairs, les universités ont toujours eu pour souci la promotion de la qualité de leur
travail. Ainsi, plusieurs universités de la CF se sont soumises spontanément et à leurs
frais à lexpertise organisée par lAssociation européenne des universités
(CRE). Plusieurs facultés ont fait de même dans le cadre dautres associations
internationales (par exemple, la conférence des facultés de médecine dexpression
française CIDMEF). Enfin, le CRef vient de mettre sur pied une évaluation par des
experts étrangers à la CF des sections de sciences économiques, de sciences de gestion,
de sciences appliquées et de sciences agronomiques de toutes les institutions
universitaires de la CF (soit 12 sections). Ce sont les universités elles-mêmes qui ont
accepté den supporter la charge de travail (rapport dauto-évaluation) et la
charge financière (support administratif et honoraires des experts).
A. Bodson et J. Berleur semblent ignorer ces actions passées et présentes et ouvrent, en
conséquence, par leur rapport incomplet, la voie à des initiatives des pouvoirs publics
(telles quun projet darrêté du Ministre Ancion dont le CRef a eu
connaissance) qui concevraient lévaluation, non pas comme un outil de promotion de
la qualité des institutions, mais plutôt comme un moyen de sanction et de réduction de
leur financement. Poursuivre dans cette voie amènerait immanquablement un raidissement
des universités et la fin des initiatives actuelles dévaluation librement
consenties et réalisées en toute honnêteté.
Enfin
Le titre que A. Bodson et J. Berleur ont choisi de donner
à leur rapport est trompeur et malheureux. La véritable urgence pour les universités
est daméliorer leur financement. Celui-ci, malgré des efforts récents de la CF
(stabilisation de lenveloppe) reste dramatiquement insuffisant. Maintenir la
qualité de lenseignement, promouvoir la réussite, développer la recherche, faire
face aux sollicitations de la société, assurer le renouvellement des enseignants,
répondre au défi des nouvelles technologies et de la formation continue nécessitent un
financement à la mesure de ces objectifs.
Ici, le Conseil des Recteurs tient à réaffirmer que cette question ne peut être
évacuée. Aucune transformation significative du système actuel ninterviendra si
létat de pénurie subsiste. Les débats qui ont précédé le décret du 1er
octobre 1998 lont clairement démontré.
En conclusion
Les universités de la CF souhaitent lapaisement. Celui-ci est
possible si le pouvoir politique
- reconnaît la spécificité des universités et leur rôle primordial
pour le développement culturel, économique et social ,
- leur accorde le financement légitime que méritent leurs efforts ,
- abroge les effets pervers des lois de financement qui incitent à la
concurrence sauvage ,
- met en place les incitants à la coopération interuniversitaire dans
le respect du libre choix de chacune des institutions.
Les Recteurs des institutions universitaires
francophones
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